Qu'est-ce que la psychothérapie EMDR ?

Que veut dire EMDR ? Ce sigle signifie "Eye Movement Desensitization and Reprocessing" c'est-à-dire "la désensibilisation et le retraitement par les mouvements oculaires".
 
La psychothérapie EMDR se base sur l'idée que les réseaux mnésiques dysfonctionnels sont à la base des symptômes cliniques, les souvenirs non traités seraient la cause majeure de la pathologie, de la souffrance des patients. Par exemple, une personne ayant vécu un trauma dans un accident de voiture pourra voir revenir les éléments non traités à différents niveaux lorsqu'elle se retrouve dans une situation de conduite. Au niveau des cognitions, des pensées du type "je vais mourir", "c'est la fin", "je ne peux plus gérer", peuvent apparaitre. Au niveau des émotions, un fort sentiment de peur peut voir le jour. Et au niveau des sensations corporelles, une forte opression thoracique peut se dessiner.
 
A travers les réseaux mnésiques de souvenirs stockés au niveau physique, lorsque le souvenir n'est pas digéré, le présent pourra être envahi par les émotions passées, les sensations passées, les pensées passées. Quand l'image traumatique réapparait pour être traitée et mise en mémoire profonde, une zone du cerveau qu'on appelle "amygdale" déclenche l'alarme. Le système de survie aussitôt la rejette le plus loin possible.
Shapiro (2005) souligne que "beaucoup de victimes de traumatismes ont une grave difficulté : l'expérience traumatique qu'ils ont connue (avec les émotions, les opinions, les sensations physiques et les comportements) est comme "coincée" dans leur système nerveux. C'est cette expérience ancienne qui commande, comme un marionnettiste, les réactions de la personne dans les situations actuelles de sa vie".
 
Roques (2015) souligne que "pour digérer des informations menaçantes, il faut être dans le relachement c'est-à-dire en phase parasympathique or le rappel mnésique de l'évènement traumatisant est une reviviscence qui fait basculer aussitôt le sujet en phase orthosympathique (lutte ou fuite) stoppant du coup tout traitement possible du contenu informatif". Il poursuit en disant "l'amygdale produit une émotion intense qui fait à nouveau basculer la personne sous l'égide du système nerveux orthosympathique (lutte ou fuite). Le traitement intégratif de l'information est donc interrompu".
"Le problème viendrait d'une dysfonction qui empêcherait le transfert des informations sensorielles de l'hippocampe vers le cortex préfrontal".
L'hippocampe sert à enregistrer les contenus mnésiques mais en cas de danger, elle devient passive et ne peut plus rien transférer au cortex préfrontal car elle est en phase orthosympathique (lutte ou fuite) et pour générer ce transfert, elle doit être en phase parasympathique.
 
La psychothérapie EMDR active les souvenirs traumatiques et fait chuter la charge émotionnelle associée, elle permet le retraitement de ce qui est douloureux et négatif. Il advient alors que les souvenirs traumatiques retraités sont intégrés dans des réseaux de mémoires adaptatifs, ils étaient jusqu'alors dans des réseaux de mémoire dysfonctionnels. Selon Shapiro, les réseaux de mémoires étant à nouveau positifs et fonctionnels, les informations peuvent recirculer de façon adaptative dans la mémoire.
 
Le protocole EMDR comporte 8 phases précises : l'anamnèse du patient, la préparation, l'évaluation, la désensibilisation, l'installation, le scanner corporel, la clôture et la réévaluation.
 
L'EMDR est aujourd'hui considérée comme une psychothérapie capable de soigner les victimes du psychotraumatisme et bien au-delà.
 
L'American Psychiatric Association (2004) classe l'EMDR au même rang que la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) très efficace dans les syndromes de stress post-traumatique, aigus ou chroniques. Pour l'INSERM (2004), la thérapie EMDR ainsi que la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) sont reconnues pour être les plus efficaces pour le traitement des victimes de traumatismes. On peut également noter que l'exposition est moins massive dans l'EMDR que dans les principes béhavioristes de l'exposition prolongée, rendant la psychothérapie EMDR peut être moins difficile pour les patients.
 
Comme énoncé ci-dessus, la psychothérapie EMDR s'est développée dans le traitement des événements de vie négatifs au-delà des traumatismes. Effectivement, nombreux sont les grands syndromes psychopathologiques qui trouvent leurs origines dans des événements de vie douloureux. Ainsi, selon Augeraud (2017) la psychothérapie EMDR peut être proposée aux patients concernés par :
 
- des troubles anxieux comme les phobies (De Jongh et al., 2002), le trouble anxieux généralisé (Gauvreau et Bouchard, 2008), le trouble panique (Fernandez et Faretta, 2007 ; Feske et Goldstein, 1997), le trouble obsessionnel compulsif (Marr, 2012).
 
- des troubles de l'humeur, unipolaire chez l'adolescent (Bae et al., 2008) et chez l'adulte (Hofmann et al., 2014), bipolaire chez l'adulte (Oh et Kim, 2014).
 
- des troubles psychotiques (Croes et al., 2014)
 
- de troubles de la personnalité dont les personnalités limites (Brown et Shapiro, 2006) et dissociative (Lazrove et Fine, 1996), et les pathologies complexes de la personnalité (Fensterheim, 1996)
 
- des addictions avec substance (Hase et al., 2008 ; Zweben et Yeary, 2006) et sans substance : le jeu (Henry, 1996), le sexe (Cox et Howard, 2007).
 
- de troubles somatiques et somatoformes comme la douleur du membre fantôme (Schneider et al., 2008), la douleur chronique (Grant et Threlfo, 2002 ; Friedberg, 2004, Mazzola et al., 2009), la dysmorphophobie (Brown et al., 1997), certaines dermatoses (Gupta et Gupta, 2002), certains troubles sexuels (Leiblum et Wiegel, 2002).
 
- un deuil (Solomon et Rando, 2007)
 
- des troubles de la performance (Foster et Lendl, 1995).
 
- des traumatismes récents : désastres naturels (Natha et Daiches, 2014 ; Fernandez, 2008), le terrorisme (Colelli et Patterson, 2008), la guerre (Silver et Rogers, 2002), les traumatismes sexuels (Edmond et al., 1999).
 
Avant toute psychothérapie EMDR, il y a des précautions à prendre, je vous invite à bien vous informer sur cet aspect et je vous donne ici les grandes lignes (Augeraud, 2017).
 
Il est nécessaire qu'il y ait une bonne relation thérapeutique entre le psychothérapeute et le patient. Il faut s'assurer également que le patient ait les ressources nécessaires pour gérer le stress en relation avec le traitement. Il faut porter une attention particulière sur d'éventuels troubles dissociatifs du patient. 
 
Et dans tous les cas, il faut prendre des précautions lorsqu'il y a des troubles de l'usage de substance psycho-active, lorsqu'il y a des idéations, des velléités suicidaires ou des idées de violence, lorsqu'il y a des comportements auto-mutilatoires qui peuvent faire penser à des gestes dissociatifs. Il faut également faire attention lorsque le patient a un état de santé physique précaire ou des complications somatiques, des troubles neurologiques ou cognitifs, des troubles ophtalmologiques ou que le patient vit une grossesse.