Pleine conscience, régulation émotionnelle et ruminations mentales

L’action de la pleine conscience

La pleine conscience et la pratique méditative agissent à plusieurs niveaux. Cette action porte sur les ruminations mentales et sur les schémas cognitifs émotionnels.
La méditation de pleine conscience a pour effet de générer des effets quant à la régulation émotionnelle des pratiquants.

 

Des éléments de compréhension par la littérature scientifique

Selon Teasdale et al. (1995), les exercices de décentration des pensées proposés dans le cadre de la méditation de pleine conscience ont pour effet de déverrouiller les boucles de rétroactions positives auto-alimentant l’activation des schémas cognitifs émotionnels dysfonctionnels et entretenant l’affectivité négative.

Watkins (2004) et Heeren et Philippot (2011) soulignent que les exercices de pleine conscience permettent d’opérer un changement sur la fréquence des ruminations mentales, générant ainsi une amélioration de l’affectivité générale.

Cette constatation est également validée par Philippot, Neumann et Vrielynck (2007). Ils énoncent que le fait de traiter l’information émotionnelle sur un mode concret et expérientiel est associé à une diminution de l’intensité émotionnelle. Inversement, un mode abstrait et général de traitement était en lien avec une activation émotionnelle.

De manière congruente aux recherches susmentionnées, Borders, Earleywine et Jajodia (2010) ont fait l’observation suivante : la pratique de la pleine conscience se trouve associée à une réduction des comportements d’agressivité verbale et non-verbale mais également à une diminution des ruminations mentales. Les auteurs ont observé que la pratique méditative avait un effet sur les comportements agressifs du fait d’une réduction des ruminations mentales.

 

La synthèse d’Heeren et Philippot

Heeren et Philippot (2011) ont fait une synthèse de ces études. Ils suggérent que deux processus psychologiques nettement opérationalisables se retrouvent dans la pratique de la pleine conscience.

Premièrement, la pleine conscience entraine une augmentation de la capacité à désengager son focus attentionnel d’une tâche devenue non pertinente. Elle permet de s’engager activement dans une autre tâche. Elle a de ce fait une action sur les ruminations mentales. (Heeren et al., 2009 ; Moore et Malinowski, 2009).

Deuxièmement, la pratique de la méditation de pleine conscience génère une modification du niveau de traitement de l’information émotionnelle. Elle permet le passage d’un niveau abstrait et général de traitement vers un niveau plus spécifique, concret et expérientiel. (Williams et al., 2000 ; Heeren et al., 2009 ; Crane et al., 2012).

La pleine conscience est ainsi associée à une régulation émotionnelle plus efficiente (Robins et al., 2012 ; Ding et al., 2014) et moins d’agressivité (Peters et al., 2015 ; Singh et al.,2017).

 


Mathieu Crotti, Psychologue, Psychothérapeute, Méditation de Pleine Conscience, Aix-en-Provence